Les amoureux des roses anciennes connaissent tous la pépinière de Jérôme et Isabelle Chénė, qui commercialise des rosiers anciens et botaniques près d'Angers. Mais l'origine de cette collection est mal connue.
Un livre vient d'être publié et lève le voile sur l'aventure professionnelle de Raymond et Thérèse Loubert, les créateurs de la pépinière et de la roseraie des 'Roses Loubert'. Ces collectionneurs producteurs, connus au-delà de nos frontières, ont passé toute leur vie à réunir des variétés anciennes (surtout botaniques), à sauver des espèces rares de la disparition.
1963-2019 : 56 ans de passion !
Plus de 3000 variétés collectées. Autant dire que cet ouvrage était attendu avec impatience tant il y a à apprendre sur ce couple de rosiéristes emblématiques.
Amaury Rosa de Poullois, lui-même collectionneur en Bretagne, leur rend hommage et ce recueil de souvenirs et de roses est un véritable manifeste d'affection et d'admiration.
Edition Delachaux et Niestlé, 2018
34,90 €
Les photographies, variées en thème, représentent des roses en gros plan (244), des feuillages (23), des écorces et aiguillons (14), des cynorrhodons (10), des portraits de Thérèse (arrière-grand-mère très photogénique) et des clichés de l'auteur...
Dommage que ce nouveau livre contienne si peu d'images en plan large de la roseraie. J'aurais aimé voir un plan des plantations, des vues en perspective, etc... Les rosiers sont-ils regroupés par espèce ? Comment est organisée la collection ?
On y lit nombre détails historiques et témoignages, en introduction, et c'est intéressant. Raymond Loubert (1930-2015), né en Suisse, avait une formation d'horticulteur et de paysagiste. Il débuta sa carrière dans des pépinières puis poursuivit comme jardinier au Service des Parcs de Genève.
En 1957, sa rencontre avec Georges Delbard apparaît déterminante, mais les roses ne sont pas encore sa spécialité. Raymond Loubert prend la tête du verger expérimental de l'entreprise Delbard à Malicorne et devient responsable des créations de fruitiers : pommiers, pruniers, cerisiers.
En 1963, pour des raisons familiales, la famille Loubert doit quitter l'Allier pour retourner en Anjou. Ils s'installent aux Rosiers-sur-Loire (quel nom prédestiné !) et fondent leur propre pépinière d'arbres fruitiers, de fraisiers et de rosiers. Le jeune entrepreneur a une solide expérience du greffage mais la production reste trop faible. Ils vivent une décennie difficile, avec peu de moyens et leurs seuls 4 bras pour faire tourner l'exploitation.
Autres rencontres déterminantes : la coopération avec la société Villemorin qui implante sa collection de rosiers modernes chez les Loubert et le partenariat avec l'entreprise Clause.
Grâce aux contrats avec ces grandes maisons, Raymond et Thérèse Loubert augmentent considérablement leur production. Les rosiers modernes font fureur dans les années 70 et 80. Puis le vent tourne, les roses anciennes refont surface. Raymond a déjà une collection de variétés historiques puisqu'il a récupéré les roses anciennes de l'entreprise angevine Pajotin-Chédane et celles de Robichon, dans le Loiret.
Couple de contacts et de rencontres, les Loubert continueront à alimenter leur conservatoire de rosiers, en ramenant des greffons de Californie, du Danemark, d'Autriche, du Japon... Leur collection ne cessera de s'agrandir avec toujours ce souci de préservation.
La rose la plus rare est d'ailleurs la Rosa hultemia persica, « petit rosier jaune, pas plus haut que 40 cm, très difficile à cultiver, quasiment introuvable ».
En 2002, ce patrimoine sera reconnu Collection Nationale pour les taxons botaniques, par le CCVS (conservatoire des collections végétales spécialisées).
Désormais veuve, Thérèse Loubert perpétue l'entretien et le renouvellement de ses rosiers, répartis sur 5 hectares. Elle se révèle très à l'aise devant la caméra et on l'écoute avec délectation nous conter ses roses, dans les différentes interviews. On s'aperçoit qu'une partie de la collection est plantée en rangs, simplement dans l'herbe. Les rosiers sont très espacés les uns des autres et ont pu atteindre leur pleine maturité, en toute liberté. Des images anciennes montrent aussi de grands massifs et une collection d'iris.
Reportages de Patrick Mioulane :
Depuis une quinzaine d’années, Thérèse Loubert travaille aussi en collaboration avec l'INRA pour connaître les gènes de la résistance aux maladies. Sa collection comprend des rosiers très variés, dont certains en exemplaire unique : un terrain d'études idéal pour les scientifiques. Parallèlement, les chercheurs mènent des opérations de « rejuvénilisation » : certaines espèces sont à la roseraie depuis près d’un demi-siècle et ont tendance à s’épuiser. « Afin d’éviter leur disparition, nous les cultivons in vitro pour leur donner une nouvelle jeunesse. » précise Laurence Hibrand-Saint-Oyant, ingénieur de recherche.
On ne peut souhaiter que pérennité à cette collection, l'une des plus importantes de France. Espérons que la famille ou un passionné reprenne le flambeau.
Roseraie Loubert
Les Brettes
49350 LES ROSIERS SUR LOIRE
Sources :
http://www.rosesloubert.fr/
http://www.pepiniere-rosesloubert.com/
http://www.inra.fr/changeons-de-regard-sur-nos-rosiers
P.S : Pour les lecteurs du livre 'Roses grandeur nature', il faut lire en page 190 : Rosa parvifolia et non pas Rosa parviflora.


























































